Ecriture numérique

Compte rendu des articles de la revue

Dans Ecriture numérique: la conversion du littéraire?, la revue Le Français aujourd’hui propose différentes expériences de littératie médiatique multimodale menées récemment dans des classes de français

    • L’Etranger de Camus (J.-M. Lebaut) est réécrit par des élèves sous forme de posts Instagram , soit un mélange hybride de textes courts, de photos et de vidéos pour chaque chapitre du roman.
    • La lecture créative à travers le phénomène des fanfictions (Magali Brunel) permet aux élèves de proposer des fins alternatives à une oeuvre ou encore, d’insérer un épisode dans le livre. Le travail se veut en progression puisqu’au fil des commentaires, les élèves sont amenés à améliorer leur texte…
    • Twitter est détourné de sa fonction de réseau social par des élèves qui y diffusent des formes littéraires assez concises (Twittérature)  puisque de moins de 140 caractères.
    • etc.

Parce qu’elles engagent profondément les élèves dans leur être, ces pratiques renouvellent, nous semblent-ils, les ateliers d’écriture collaborative en développant certains gestes mentaux: à l’écriture traditionnelle se substitue ainsi une écriture hybride où l’image, animée ou non, dialogue avec le texte/la parole, où des hyperliens enrichissent davantage encore le document devenu multitexte ; une réécriture est aussi mise en place puisque l’élève ne se contente pas de se projeter dans l’univers fictif qu’il crée ou qu’il réécrit mais doit constamment l’améliorer (work in progress) en fonction des remarques de ses pairs. En effet, à l’écriture textuelle s’ajoutent une part d’écriture métatextuelle et donc le respect d’un code de courtoisie: l’apprenant partage sa production afin que ses partenaires de classe commentent son travail, lui proposent des pistes à développer, lui indiquent aussi ce qui ne va pas, ce qui est mal écrit ou ce qui paraît incompréhensible.

Lecture-écriture, écriture-lecture. Réécritures collectives.

Certains chemins didactiques mènent à une écriture de plus en plus itérative et collaborative. Ainsi « le projet Balzac » a-t-il imposé aux étudiants un exercice d’écriture collective mené en plusieurs étapes. Par petits comités d’abord, les élèves ont rédigé une première version d’un épisode lié à « la Duchesse de Langeais ». Regroupés ensuite au sein d’un plus grand groupe, ils ont dû se mettre d’accord sur une version commune qui soit un compromis de leurs essais respectifs. Ainsi de suite: plusieurs versions ont mené à l’écriture d’un texte toujours plus collectif et, d’après le professeur, mieux écrit, plus respectueux du texte-source, le roman de Balzac. L’intérêt d’un tel exercice? Nous n’allons pas revenir sur les grandes compétences du XXIe siècle (collaborer, communiquer, créer, développer sa citoyenneté, etc.) ; trois nouvelles fonctions d’écriture, mises en évidence par J.-M. Quaranta, attirent notre attention : la fonction unificatrice puisque l’intelligence collective doit unifier les différents extraits de texte; la fonction élective puisqu’elle doit aussi sélectionner de manière pertinente les versions les plus appropriées; enfin, une fonction esthétique qui consiste à harmoniser les diverses manières d’écrire…

Ces nouvelles formes d’enseignement ne peuvent qu’interpeller les professeurs de français; elles feront en tout cas écho à tous ceux qui connaissent le nouveau programme de français pour le second degré…

Sources:

  • Le Français aujourd’hui, Ecriture numérique: la conversion du littéraire?, Armand Colin, n°200, mars 2018.
  • Jean-Marc Quaranta, « Écrire ensemble pour trouver l’auteur : outils numériques pour écrire et recherche en création littéraire », Former aux ateliers d’écriture, vingt ans après, duecriure.canalblog.com, [page consultée le 22 septembre 2018].

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